Le gouvernement et Tata Steel reportent la décision sur l’accord sur mesure à mars 2027
Les faits : l’accord sur mesure pour verdir Tata se fait attendre plus longtemps Source : Tata Steel Nederland, Gouvernement néerlandais
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Les faits : l’accord sur mesure pour verdir Tata se fait attendre plus longtemps
Source : Tata Steel Nederland, Gouvernement néerlandais
Le gouvernement, la province de Noord‑Holland et Tata Steel ont décidé de prolonger jusqu’au 1er mars 2027 l’accord d’intention signé en septembre 2025. La date butoir précédente était le 30 septembre de cette année. À cette date, la décision concernant un accord sur mesure devait être prise. Cet accord porte sur la transition écologique de l’usine sidérurgique de Tata Steel Nederland à l’IJmond. Il est question d’un investissement compris entre 4 et 6 milliards d’euros, dont l’État se dit prêt à couvrir au maximum 2 milliards d’euros de subventions. Le reste proviendrait de Tata Steel, dont l’actionnaire se trouve en Inde.
Le gouvernement et Tata Steel indiquent avoir besoin de plus de temps pour finaliser un accord sur mesure, en raison de trop nombreuses incertitudes. Parmi les problèmes à résoudre figure la question des laitier(s) sidérurgiques. Ce sous‑produit était jusqu’à récemment réutilisé dans des travaux d’infrastructure, mais en raison de risques sanitaires potentiellement sérieux, cette pratique ne peut plus continuer. Tata Steel se retrouve donc avec des volumes croissants de laitier(s).
Par ailleurs, la province de Noord‑Holland et l’Agence de l’Environnement menacent de fermer les deux usines de cokéfaction et de gaz sur le site. Cela obligerait Tata Steel à s’approvisionner ailleurs en coke essentiel, ce qui augmenterait les coûts de production.
Qui dit quoi sur la transition de Tata Steel ?
Source : Cabinet, Tata Steel Nederland, Roel Berghuis, Milieudefensie
- Le gouvernement, dans un communiqué de presse : « La poursuite pénale contre Tata Steel NL et ses dirigeants ne constitue pas une raison pour rompre la déclaration d’intention. »
- Tata Steel Nederland, dans un communiqué : « En prolongeant la JLoI [la déclaration d’intention], signée initialement en septembre 2025, les parties se donnent plus de temps pour traiter un certain nombre de circonstances et de sujets récemment modifiés, nécessaires pour parvenir à un accord sur mesure définitif et prendre une décision d’investissement finale. »
- Roel Berghuis, ancien représentant FNV chez Tata Steel et ancien employé : « Le report signifie encore plus d’incertitude pour l’IJmond. N’oublions pas que la première étape remonte déjà à 2021 avec le choix du Green Steel. »
- Nine de Pater de Milieudefensie déclare dans un communiqué : « Le ministre ferait bien d’examiner de près cette subvention monumentale accordée à Tata Steel. C’est absurde que des milliards destinés au climat financent un plan sidérurgique fossile qui coûtera 11 milliards d’euros à notre société. Tata Steel continuera d’utiliser du gaz polluant pendant des années. Dans ces conditions, elle ne devrait pas recevoir de subventions climatiques. Le Planbureau voor de Leefomgeving a déjà conclu que les objectifs climatiques sont loin d’être atteints, il est temps que le ministre reprenne la main. »
- Hans van den Berg (CEO de Tata Steel Nederland) sur LinkedIn : « Entre‑temps, nous continuons. Nous avons presque terminé la phase d’ingénierie et des procédures de permis importantes ont été lancées. Chaque jour, des collègues travaillent à la mise en œuvre du projet Green Steel et à l’amélioration de notre environnement. Il reste beaucoup à faire. Mais je suis convaincu que c’est la bonne voie. »
Je rappelle, en tant que citoyen attaché à la stabilité industrielle de notre pays, qu’il est normal que les entreprises et l’État prennent le temps de s’accorder sur des investissements aussi lourds. La pression des ONG et des médias peut paraître excessive et risque d’éroder la confiance des investisseurs et des travailleurs.
Point de vue de EW : l’avenir de Tata Steel Nederland entre les mains de l’Inde
Par : Jeroen van Wensen, rédacteur économie
Ce « petit Moerdijk » pour Tata Steel était prévisible. Comme pour ce village de West‑Brabant, l’usine d’Ijmuiden restera dans l’incertitude, en raison du report de la décision gouvernementale. S’y ajoute le fait que la maison mère a des actionnaires indiens.
En Inde, une lutte de pouvoir secoue la direction, et il est difficile de savoir quelle orientation prendra le conglomérat. S’il choisit d’accroître ses investissements internationaux, ce serait une bonne nouvelle pour Ijmuiden. Mais il est tout aussi possible qu’un dirigeant privilégie un recentrage, ce qui serait une mauvaise nouvelle pour les perspectives locales.
La question est de savoir si le 1er mars 2027 apportera une réelle clarté pour Tata Steel Nederland et ses 9 000 employés. C’est peu probable.
Approfondissement : du charbon à l’hydrogène, la stratégie de verdissement de Tata
L’accord sur mesure est le prolongement de la déclaration d’intention signée l’an dernier. L’accord détaillera précisément comment seront répartis les 4 à 6 milliards d’euros et qui financera quoi. L’État contribue jusqu’à 2 milliards d’euros. Environ un demi‑milliard d’euros de subventions européennes est également envisagé. Tata Steel s’engage à investir entre 2 et 4 milliards d’euros pour moderniser l’usine.
La fourchette d’investissement (4 à 6 milliards) reflète l’incertitude du projet : l’inflation et la hausse des taux peuvent faire exploser les coûts de construction d’installations neuves. L’allemand ThyssenKrupp a déjà vu les coûts de verdissement de son site de Duisbourg dépasser les prévisions dès le lancement. Plus la facture augmente, plus la maison mère indienne devra probablement soutenir financièrement sa filiale néerlandaise.
L’objectif est qu’en 2030 l’accord sur mesure permette d’avoir une usine plus propre. Tata Steel Nederland reste le premier émetteur de CO2 des Pays‑Bas avec 12 mégatonnes. Après la modernisation, les émissions devraient descendre à environ 7 mégatonnes par an. Pour donner un ordre de grandeur : les émissions totales des Pays‑Bas s’élèvent à environ 150 mégatonnes par an. Le deuxième émetteur est Shell à Pernis avec 5 mégatonnes par an.
La sidérurgie de Tata émet annuellement plus de 6 kilotonnes de NOx. Après verdissement, cela devrait baisser d’environ 40 %, ce qui rapprocherait ses émissions de celles de l’aéroport de Schiphol. Il y a aussi la réduction attendue d’un grand nombre de polluants cancérogènes ou toxiques susceptibles d’affecter la santé des riverains : benzopyrène, dioxines, benzène, plomb, mercure, chrome, manganèse, vanadium, etc.
L’opération implique une vaste refonte du site, qui s’étend sur les communes de Velsen, Beverwijk et Heemskerk. Les hauts‑fourneaux 7 et l’usine de cokéfaction et de gaz numéro 2 seront démolis, pour faire place à une « direct reduction plant » (on utilise rarement le terme néerlandais « direct‑reductie‑fabriek »), un four à arc électrique (electric arc furnace), de nouvelles voies ferrées, des routes, des raccordements haute tension, des transformateurs et des canalisations. L’opération nécessitera d’énormes quantités d’électricité et de gaz.
Le procédé actuel, fondé sur le charbon, le coke et le gaz, sera remplacé par un procédé consommant beaucoup d’électricité et de gaz. Ce n’est que bien plus tard — et après que des centaines de millions, peut‑être des milliards, auront été dépensés — que l’usine pourrait basculer du gaz à l’hydrogène pour produire un acier véritablement « vert ». La production d’acier à très faibles émissions de CO2 reste rare dans le monde, même dans des exemples souvent cités comme l’usine suédoise de SSAB.
Il est probable que l’accord sur mesure n’inclura pas de mesures concrètes et chiffrées sur la conversion à l’hydrogène, mais seulement une ambition de viser cette transition vers 2045.
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